Taryn Simon

Taryn Simon, The Innocents, 2002 Taryn Simon, The innocents, 2002

Taryn Simon part d’un travail documentaire. Les séries de photos que vous pouvez voir ci-dessus font partie de la série The Innocents, réalisée en 2002. Pour ceux qui me suivent sur twitter vous avez pu lire mon désarroi, j’ai déjà vu des tirages de cette série, impossible de me rappeler où si c’est à Düsseldorf ou à New York… et oui c’est un peu rageant.

Anecdote à part ce qui est intéressant c’est la force de la photo qui m’en a fait me rappeler. L’émotion qui ressortait de ces compositions avant même de connaître leurs intentions. Les sujets sont placés d’une manière spécifique et fixent l’objectif de la caméra. Il y a une sorte de désespoir et de fatalisme qui se dégage de leurs regards. On prend de suite conscience de la gravité du sujet lorsque l’on découvre la recherche de l’artiste. Taryn Simon a documenté des cas de condamnation illégitime aux Etats-Unis, des personnes condamnées à tord, pour des crimes qu’elles n’avaient pas commis. L’artiste les photographie sur des lieux marquants du procès, celui de l’arrestation ou bien celui du crime sur lequel ils ne s’étaient jamais rendu auparavant. En plus du choc du sujet il y a aussi une dénonciation par le medium. Dans les cas que Taryn Simon choisi la photographie a été un élément crucial et a transformé via l’opinion de la justice ces innocents en criminels. La manipulation par l’image, thématique que l’on retrouve dans plusieurs oeuvres de l’artiste. Dans mon interprétation personnelle j’y vois aussi une manière pour ces victimes de reprendre pleine possession de cette “image” qu’on leur a volé, transformée. The Innocents s’accompagne d’une vidéo de l’artiste interviewant les sujets des photographies dans lesquelles ils parlent des moments marquants : leurs arrestations, l’identification fausse, et les conséquences tragiques. Je n’ai pas été voir la vidéo j’avoue que l’idée même me tord un peu le ventre, je la trouve très importante et cela peut passer pour de la sensiblerie mais je serais très mal à l’aise je pense. Un pendant intéressant serait de réaliser des entretiens, anonymes, des personnes ayant condamné à tords les sujets, que ressent-elles ? ont-elles le sentiment d’avoir été trompées par ces images ? avaient-elles conscience que l’image ne pouvait pas donner de réponse certaine ? Il ne s’agit pas là de délation mais plutôt de comprendre l’effet domino qu’une condamnation à tord peut déclencher sur toutes les personnes impliquées.

Taryn Simon, The picture collection, 2013 Taryn Simon, The picture collection, 2013

The picture collection, traite aussi d’un travail de documentation. Il s’articule autour de “quarante-six oeuvres représentant les dossiers des archives iconographiques de la Bibliothèque publique de New York”. L’ancêtre de Google en fait. Chacun peut se présenter à cette bibliothèque et demander un dossier pour obtenir une base de d’images, c’était donc le lieu où se retrouvait : professeurs, chercheurs, artistes, journalistes, etc. Chaque image était classée dans un dossier précis appartenant à une thématique particulière. Les images s’enchevêtrent, le spectateur voudrait les espacer afin de les voir en entier mais ne peut pas. La neutralité est donc remise en question dans aussi bien le choix des images présentées mais aussi dans celui de leurs positionnement, une manière de se questionner sur notre confiance envers les moteurs de recherche d’images. Je vous invite à lire le petit guide de visite fourni dans l’exposition car il m’a donné une information précieuse sur l’oeuvre de Taryn Simon. “The Picture collection a été créé en réponse à une base de donnée virtuelle Image Atlas (2012) créée par Taryn Simon avec Aaron Swartz” (Le génie de l’internet, activiste, malheureusement décédé il y a peu). Pour comprendre le principe allez visiter le site www.imageatlas.org il “indexe les premiers résultats trouvés sur des moteurs de recherche locaux à travers le monde pour de même termes” et permet ainsi de découvrir en quelques seconde une enquête anthropologique et sociale, géographiquement transversale. Je n’en reviens pas d’être passé à côté d’un projet aussi intéressant.

Taryn Simon, A living man declared dead and other chapters I-XVIII, 2011 Taryn Simon, A living man declared dead and other chapters I-XVIII, 2011 Taryn Simon, A living man declared dead and other chapters I-XVIII, 2011

Cette série A living man declared dead and other chapters I-XVIII montre encore une fois l’injustice comme thématique présente dans le travail de Taryn Simon, mais aussi le pouvoir de l’image et comment elle peut être utilisée à des fins de manipulation. Durant 4 ans l’artiste a voyagé et collecté des histoires connectant différentes lignées d’une même famille. Dans chacune des histoires “des forces extérieures, liées à des questions de territoire, de pouvoir, de circonstances, ou de religion, se heurtent à celles, intérieures, des héritages physiques ou psychologiques”. De prime à bord cette thématique paraît aussi bien compliquée, que très vaste. Mais en découvrant celles choisies et illustrées par l’artiste on découvre un travail de recherche impressionnant, mêlant tantôt la casquette de l’historien, du journaliste et de l’anthropologue.

Je ne vais vous parler que d’une histoire à titre d’exemple pour comprendre le principe du travail effectué par l’artiste. Mais celui-ci va plus loin encore dans la signification et l’analyse, puisqu’il faut comme pour The picture collection, replacer le récit dans notre contexte actuel. L’histoire ne se répète-t-elle pas indéfiniment ? Shivdutt Yadav, la composition est celle de la 2ème photo, a découvert presque par hasard que selon des documents officiels il était déclaré décédé. Une anecdote presque anodine, penserais-t-on, un défaut qu’il faudra rectifier et non un problème kafkaïen. Cependant ses terres n’étaient du coup plus inscrites à son nom. En conséquence elles avaient été transférées aux autres héritiers toujours en vie de son père. Cette composition révèle un problème important en Inde, la terre étant une source de revenue principale pour certain il faut à tout prix la protéger. Certains employés du registre sont donc fréquemment soudoyés pour déclarer décédées des personnes vivantes et ainsi réattribuer leurs terres.

L’exposition de Taryn Simon présente d’autres oeuvres toutes aussi intéressantes, mais voici les 3 séries qui m’ont marquée. J’aime beaucoup ce travail de recherche et d’analyse qu’elle présente en parallèle d’une proposition plastique.

Je ne peux que vous invitez à aller la découvrir car l’exposition vaut vraiment le détour.

Vues arrières, nébuleuse stellaire et le bureau de la propagande extérieure, du 24 février au 17 mai 2015 à la Galerie du Jeu de Paume.

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